Le CREG (Centre de Recherches et d'Études Germaniques, Équipe d’Accueil 4151) regroupe des spécialistes de la littérature et de la civilisation des pays de langue allemande : poésie et prose, théâtre, histoire des idées et des arts, histoire politique, linguistique.





Formation et recherche initiale:
Visite d'études à Garaison le 5 avril 2019, ou quand les étudiants de L2 participent au programme de recherche CREG Patrimoines nomades labellisé Centenaire:

Ont participé à la visite les étudiants de L2 LLCE allemand Bianca Baluta, Camille Bienkowski, Jeanne Brunel, Johanna Boyer-Frey, Matthieu Louman, Hélène Morla, Manassé Ngoy, Melanie Schnelldorfer, Thibault Servol, de M2 histoire Lucas Laval, accompagnés par Catherine Mazellier-Lajarrige et Hilda Inderwildi. 
Ils ont été reçus à Garaison par les enseignants Gilles Courtin (management, gestion), Jean-Michel Delavault (histoire) et Cédric Broët (archiviste, chargé des relations avec le public aux Archives départementales des Hautes-Pyrénées). Ils ont mangé en compagnie du proviseur de Garaison, Joseph Corteggiani.  En plus de son chaleureux accueil, l’équipe de Garaison a généreusement offert les repas de midi. Ces attentions nous sont allées droit au cœur et nous leur exprimons notre sincère gratitude.
Les déplacements, eux, avaient été pris en charge par la section d’allemand de l’Université Toulouse Jean Jaurès. Nous remercions de leur soutien sa directrice, Christina Stange-Fayos, ainsi que la directrice adjointe Alexa Crais. 

Le vendredi 5 avril, l’ensemble des participants s’est retrouvé dans un froid bien peu printanier sur le parking de l’université à 8h45. La petite troupe a pris la route, ponctuellement, pour arriver à Garaison dans les temps à 10h30 – à l’exception d’un véhicule étourdi qui a oublié de sortir à Lannemezan. Nous avons amorcé la visite en découvrant la cour des Acacias qu’embaumait une somptueuse glycine d’un mauve éclatant. Jean-Michel Delavault a ensuite conduit le groupe à travers les différentes cours qu’évoque Gertrud Köbner dans son récit de 1915
Drei Monate kriegsgefangen… : la cour d’appel avec son bazar toujours en place, la cour de promenade… Nous avons ensuite découvert l’emplacement de la boulangerie, l’escalier sur lequel claquaient les sabots de bois des internés assourdissant les occupantes du réduit de la prison pour femmes. En arpentant les couloirs du bâtiment, nous avons pu consulter, en intérieur, les panneaux biographiques conçus par les élèves de troisième et, en extérieur, les panneaux thématiques réalisés par les premières, dans le cadre d’un projet labellisé Centenaire. Un travail particulièrement impressionnant de rigueur historique – qu’on peut voir sur Internet, dans la galerie numérique des Archives départementales des Hautes-Pyrénées.
Après cela, les étudiants ont bénéficié d’un temps d’échange avec quelques élèves qui avaient participé au projet entre 2014 et 2018. De manière extrêmement vivante, ces derniers ont témoigné de leur intérêt pour des travaux qu’ils réalisaient le plus souvent sur leur temps libre, et qui représentaient pour eux un autre moyen d’accès à l’histoire et à la mémoire, notamment parce qu’ils avaient ainsi eu l’occasion de manipuler des documents originaux centenaires.
En début d’après-midi, à l’issue du déjeuner partagé à la table du proviseur, les étudiants ont à leur tour exposé le résultat du travail mené au sein du projet professionnel AL00405V Métiers de la traduction et de la culture. Ils ont donné lecture du témoignage – traduit en intégralité par leurs soins – de Bernt Bartels sur son père Hans Boike Bartels, interné au camp de Garaison entre 1914 et 1917. Ils ont ainsi pu satisfaire la curiosité de Cédric Broët au sujet de Léona Jonchéry (première épouse de H. B. Bartels) connue pour sa formule « On épouse un homme, pas sa nationalité. » Léona Jonchéry est morte de manière accidentelle peu après la guerre. 
Les étudiants ont également eu la possibilité de manipuler le dossier d’archives de Wolfgang Baetke, l’interné « star » de Garaison, du fait de son long acheminement vers Garaison (Paraguay, Tahiti…).
La visite s’est achevée par un tour à la saboterie qu’avaient construite les internés allemands durant leur emprisonnement.
Le groupe a également visité le cimetière des Pères de Garaison, tout proche, avant de reprendre le chemin de Toulouse, avec le sentiment d’avoir passé une journée non seulement belle mais enrichissante.

Parmi tous les moments forts de la journée, la découverte avec le diacre Claude de la tribune et de l’orgue sur lequel jouait Albert Schweitzer, les quelques notes de musique par Catherine Mazellier-Lajarrige, la visite de la chambre de Schweitzer, resteront un souvenir privilégié.   

Moments marquants   

Une discussion démarre suite à la question posée par l’archiviste Cédric Broët : « Qu’est-ce que cette étude vous a apporté ? »  Le sentiment que Jeanne a eu à travers cette étude est de ne pas avoir appris cet aspect de la Première Guerre mondiale pendant ses années collège/lycée. Johanna rebondit en disant que tout ne nous avait pas été dit. Thibault affirme avoir eu le même ressenti que Jeanne. Intervient alors Jean-Michel Delavault pour ajouter notamment que certains de ces aspects étaient encore inconnus, il y a de cela quatre ans. Camille nuance cette opinion, en exprimant le fait que chaque professeur a la possibilité de mettre l’accent sur certains aspects de l’histoire plutôt que d’autres, ce qui fait que nous avons tous des connaissances différentes et variées. Bianca étant roumaine, elle s’interroge sur la possible présence d’internés roumains dans le camp de Garaison. Les professeurs ont dit avoir peu de connaissances sur ce sujet. Ils ajoutent néanmoins qu’une petite partie des internés venaient de l’empire Ottoman (la Turquie aujourd’hui). 
Bianca, Jeanne, Matthieu, Thibault  

En arpentant les couloirs de l’établissement, notre petit groupe est passé devant un certain nombre de panneaux d’information aussi ludiques qu’instructifs évoquant l’histoire de l’ancien camp d’internement ainsi que le vécu de ses détenus. Au bas de ceux-ci figuraient les noms des différents élèves qui ont eu la bonne volonté de participer avec leurs professeurs à ce travail de restitution historique. Nous avons pu rencontrer cinq d’entre eux qui ont laissé leur trace dans les couloirs de Garaison quelques années auparavant. Ceux-ci ont pu témoigner de leurs ressentis, deux d’entre eux apparaissant même « en vedette » dans le film Loin de Verdun. Avec enthousiasme, ils nous ont parlé de leur intérêt pour la continuité de leur expérience, qui se perpétue au fil des générations, liant des élèves issus de tous les cursus et un corps pédagogique motivé n’hésitant pas à empiéter sur son temps libre pour impliquer les jeunes dans le travail de conservation et de transmission de la mémoire des lieux. Si ce projet leur tient tant à cœur, c’est qu’ayant eux-mêmes habité ces dortoirs qu’ils n’imaginaient pas si imprégnés d’histoire, ils ignoraient à peu près tout de ce passé avant d’être intégrés dans les recherches sur l’initiative de leurs professeurs Gilles Courtin et Jean-Michel Delavault, aidés de Cédric Broët (archiviste, chargé des relations avec le public aux Archives départementales des Hautes-Pyrénées), et de la mémoire vivante de l’établissement, le diacre Claude Lacroix. Si leurs souvenirs retiennent une certaine lassitude face à l’ampleur de la tâche, pour chacun d’eux celle-ci laisse place à une réelle fierté teintée parfois même de nostalgie concernant la dynamique collective ayant accompagné leurs travaux. Tous en parlent comme d’une expérience positive et formatrice, gardant en tête leur premier contact avec les archives. 
Camille, Lucas, Hélène, Manassé